Lecture : Raymond Domenech était « Tout seul »…

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Je peux le dire, et je ne pense pas être le seul, je partais avec un a-priori défavorable sur Raymond Domenech, fruit de 6 années à le voir dans la presse sportive et surtout de quatre années, post-finale de Coupe du Monde 2006 qui ont mené l’Équipe de France au grand n’importe quoi sud africain…

Qu’allait bien pouvoir dire l’homme qui avait conduit l’Équipe de France de Football vers l’humiliation ? Raymond Domenech a, pendant ces six années, pris des notes quotidiennes sur ce qui peut s’apparenter, pour un entraineur de football, au Graal, le poste de sélectionneur national.

De sa nomination à l’affaire du Bus de Knysna, en passant par la finale de la coupe du monde 2006 ou l’échec de l’Euro 2008, Raymond Domenech livre dans « Tout seul », sa vision des choses, il n’épargne personne, pas même les icônes du football français.

Le livre commence d’ailleurs par le Bus de Knysna et sa version des choses, bien différentes de ce que l’on a pu voir à la télévision, dans la presse ou de ce que d’autres joueurs en ont dit. Chronologiquement ensuite, on découvre la vie du sélectionneur, de sa nomination (appelée par beaucoup, notamment les journalistes) à ses premiers accrochages avec ces mêmes journalistes. Il livre ses efforts pour faire revenir les cadres (Zidane, Thuram, Makelele) à l’approche de la Coupe du Monde en 2006, et fait même son autocritique sur les échecs successifs lors de l’Euro 2008 et la Coupe du Monde 2010.

Les joueurs, l’équipe dirigeante (Fédération et Staff Technique), la presse, Raymond Domenech livre son avis sur ceux qu’il a côtoyé pendant ces années.

Certains s’en sortent à bon compte, parmi lesquels son staff technique (hormis peut-être Alain Boghossian, arrivé après l’Euro 2008), mais aussi quelques joueurs comme Claude Makelele, « un joueur comme tous les coaches en rêvent » ou Lilian Thuram, salué pour sa « droiture » et qui au terme de l’Euro 2008, avait glissé à Raymond Domenech « Bonne chance… pour continuer avec cette bande de branques ».

D’autres voient leur aura diminuée, notamment deux cadres de l’Equipe de France :

  • Zinédine Zidane, l’icône du football français, capable de coups de génie footballistique qui ont fait de lui le meilleur joueur du monde, qui peut aussi montrer un côté beaucoup plus sombre comme lors de cette finale de la Coupe du Monde 2006 et de son coup de tête sur Materazzi, pour son dernier match officiel…
  • Thierry Henry, que Domenech a connu avec les espoirs, avant de le conseiller à Aymé Jacquet pour le Mondial 1998. Souvent irréprochable sous le maillot bleu, Thierry Henry aura connu une fin de carrière internationale difficile, appelé comme remplaçant pour cette Coupe du Monde 2010, sensé apporté son expérience au groupe, mais ce fut le contraire, accusé par certains d’être la Taupe du groupe.

Enfin, il y a ceux qui en prennent pour leur grade, à tort ou à raison…

  • Jean Pierre Escalettes, le président de la FFF est présenté comme un homme de bonne volonté, mais souvent dépassé par les évènements, préférant se réfugier dans son téléphone. Domenech confie « Il me soutenait comme une corde le pendu »… capable de maladresses comme se jour où il arrive vers Domenech, heureux de lui apprendre que Laurent Blanc est libre de s’engager avec la FFF comme sélectionneur après le Mondial (à la place de Domenech donc…).
  • Nicolas Anelka bien sûr, l’homme qui l’aurait insulté dans les vestiaires du match France-Mexique (Raymond Domenech donne une version différente de celle parue en Une de L’équipe) et qui voyait en Domenech quelques semaines plus tôt « le premier sélectionneur à l’avoir vraiment compris » (Auto-biographie de Nicolas Anelka – 2010). Raymond Domenech dit sur lui : « Il ne sert à rien mais il a une aura exceptionnelle », capable du meilleur comme du pire, ne pensant qu’à lui, jouant comme bon lui chante…
  • Franck Ribéry, surnommé « Oui coach » était la surprise du chef pour la Coupe du Monde 2006 (parfaitement réussie par ailleurs), mais qui se prendra ensuite pour une « diva susceptible » (refusant de jouer sur le côté droit, une jalousie accrue envers Gourcuff, une inimitié avec Nasri…), mais qui reste pour Raymond Domenech son meilleur joueur.
  • Samir Nasri, non retenu pour la Coupe du Monde 2010, « symbolise cette dérive des joueurs qui ne pensent qu’à leur gueule » pour Raymond Domenech. Sur son jeu, l’ex-sélectionneur est encore plus tranchant : « il joue comme un grand père, comme Larqué il y a trente ans ».
  • Sur Yoann Gourcuff, Domenech explique « J’avais envie de lui mettre des gifles avec son air de garçon candide, de pauvre petit malheureux à qui on veut du mal… », donnant l’exemple d’un entrainement où Ribéry, Malouda et Anelka faisaient tout pour éviter de jouer avec Gourcuff…
  • Sans oublier Florent Malouda, Patrice Evra, William Gallas, Karim Benzema, Bixente Lizarazu (consultant sur TF1), la presse, la Direction Technique Nationale et Gérard Houillier

Le livre de Raymond Domenech est sorti quelques mois après un nouvel échec, lors de l’Euro 2008. Une compétition qui, comme il le confie « m’a permis de réaliser que le football français était capable de rencontrer des problèmes… sans moi »… Et si c’était ça le problème ?

raymond-domenech-knysnaRaymond Domenech a été présenté comme le seul et unique responsable des échecs successifs (Euro 2008 et Mondial 2010)  de l’Équipe de France de Football. Certes, il en est en partie responsable, en temps que chef de cette équipe. Mais Raymond Domenech, comme Laurent Blanc et Didier Deschamps ne sont pas les seuls responsables de ces échecs. Il faudra peut être un jour, se tourner vers ceux qui sont sur le terrain (les joueurs) et ceux qui les regardent (les dirigeants et la Fédération).

Comme Raymond Domenech le dit dans son livre :

« Chez les Bleus, il n’y a pas plus de génération exceptionnelle que de culture du football dans le pays ».

Et si le problème était là ? Ce livre m’aura permis, à titre personnel, de changer mon regard sur Domenech. Il aura été maladroit dans ses déclarations, ses agissements, parfois même mauvais gestionnaire du groupe mais l’auto-critique est là… Même si, comme il le confie à la fin :

« Les autocritiques n’avancent pas à grand chose, où la seule alternative à un mauvais choix reste une supposition. On ne refait jamais un match ! ».

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